Découvrez les cépages secondaires qui subliment les vins de Bordeaux

19 mai 2025

Qu’est-ce qu’un cépage secondaire ?

Un cépage secondaire n’est pas un cépage de moindre qualité, loin de là ! Ce terme se réfère simplement à des cépages qui occupent une place moins importante, en termes de surface plantée et d’utilisation dans les assemblages bordelais. Ces variétés peuvent être utilisées en très faible proportion, mais leur rôle est souvent déterminant pour apporter une touche supplémentaire de complexité, d’équilibre ou encore pour s’adapter à des conditions climatiques spécifiques.

Historiquement, ces cépages bénéficiaient d’une place plus importante dans le vignoble bordelais. Avec les tendances modernes et l’évolution du marché, ils sont devenus moins présents mais continuent de jouer un rôle crucial, notamment face aux défis du réchauffement climatique.

Petit verdot : le roi des cépages secondaires rouges

Souvent cité comme le cépage secondaire rouge emblématique de Bordeaux, le petit verdot occupe une place particulière dans la viticulture régionale. D’origine ancienne, ce cépage est notamment cultivé dans le Médoc, où il est prisé pour ses qualités uniques.

Caractéristiques du petit verdot

  • Grains petits et compacts, riches en couleur
  • Maturité tardive, ce qui peut poser problème dans des millésimes froids
  • Concentration en tanins et en anthocyanes (substances responsables de la couleur)

En assemblage, le petit verdot agit comme un véritable exhausteur. Il apporte de la couleur, des tanins fermes et des arômes épicés et floraux (violette, poivre noir). Si sa proportion dépasse rarement 3 à 5 % dans un vin, il peut faire une différence notable, notamment dans les millésimes chauds où il atteint sa pleine maturité.

Carménère : une résurgence timide mais intéressante

Si vous avez l’habitude de découvrir la carménère dans les vins chiliens, vous serez surpris d’apprendre son origine bordelaise. Ce cépage fut largement cultivé à Bordeaux jusqu’au XIXe siècle, avant de tomber en désuétude après la crise du phylloxéra.

Sa culture reste aujourd’hui marginale dans le vignoble bordelais, mais certains domaines audacieux continuent de l’intégrer dans leurs assemblages. Son profil aromatique, marqué par des notes de fruits noirs mûrs, d’épices douces et une pointe végétale, en fait un ajout original pour des vins à la personnalité atypique. Malheureusement, sa sensibilité aux maladies fongiques limite encore ses perspectives d’expansion.

Malbec : un cépage historique

Le malbec, également connu sous le nom de côt ou auxerrois dans d'autres régions, était autrefois une variété clé à Bordeaux avant qu’il ne devienne célèbre en Argentine. Aujourd’hui, il n’occupe plus qu’une faible part des vignobles bordelais, mais son rôle reste notable, notamment dans certaines appellations du Libournais.

Apport du malbec aux assemblages

  • Couleur intense, avec des reflets violacés
  • Arômes puissants de fruits noirs (mûre, cassis), parfois accompagnés de notes fumées
  • Tanins souples, idéaux pour assouplir la structure globale des assemblages

Dans un assemblage bordelais, le malbec est utilisé en petites proportions pour donner de la personnalité et arrondir les bords des cuvées les plus tanniques. On le retrouve par exemple dans certains vins de Côtes de Bourg ou de Blaye.

Les cépages secondaires blancs : des trésors aromatiques

Les cépages secondaires ne sont pas l’apanage des vins rouges. Dans la production de vins blancs, certaines variétés jouent également un rôle déterminant pour apporter des arômes uniques et des textures variées.

Petit manseng et gros manseng

Bien plus connus pour leurs exploits dans le Sud-Ouest, notamment à Jurançon, les petits et gros manseng sont néanmoins autorisés et parfois utilisés en proportions marginales dans certains blancs bordelais. Leur rôle est de rehausser la richesse aromatique des assemblages avec des notes d’abricot, de miel ou encore d’épices douces.

Muscadelle : la délicatesse florale

Représentant généralement entre 5 et 10 % des assemblages de blancs secs ou liquoreux, la muscadelle se distingue par ses parfums floraux (fleurs blanches, chèvrefeuille) et de raisin frais. Ce cépage délicat, souvent associé au sauvignon blanc et au sémillon, joue un rôle subtil mais déterminant, notamment dans les célèbres vins de Sauternes et de Barsac.

Ugni blanc et colombard

Bien qu’ils soient davantage indispensables à la production d’armagnac ou de cognac, l’ugni blanc et le colombard ont également une présence discrète dans certaines cuvées bordelaises. Le premier apporte légèreté et vivacité, tandis que le second se distingue par des notes d’agrumes et de fruits exotiques.

Les défis et perspectives des cépages secondaires

Face aux enjeux du changement climatique, les cépages secondaires pourraient devenir des alliés précieux pour préserver l’équilibre des vins de Bordeaux. Par exemple, leur résistance à la chaleur ou leur cycle de maturation plus tardif pourraient aider les vignerons à composer avec des millésimes de plus en plus chauds et précoces.

Néanmoins, leur faible proportion dans les vignobles actuels, ainsi que les coûts élevés liés à leur culture sur de petites surfaces, limitent encore leur développement. Il faudra attendre des expérimentations plus poussées et peut-être un changement de mentalité pour qu’ils reprennent pleinement leur place au sein des assemblages.

L’avenir est dans la diversité

Les cépages secondaires, avec leurs caractères singuliers, représentent une richesse souvent sous-estimée des vins de Bordeaux. Ils rappellent que l’assemblage est un art, une quête perpétuelle d’équilibre et d’innovation. En y prêtant plus attention, les amateurs de vin peuvent découvrir des facettes insoupçonnées de leur région viticole favorite. Alors, lors de votre prochaine dégustation, tentez d’identifier ces nuances uniques qu’ils apportent. Qui sait, vous pourriez bien tomber sous le charme d’un petit verdot ou d’une touche insaisissable de carménère.

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